lundi 1 juin 2009

Hulu: l'empire contre-attaque?



Nouvelle arme des grands networks américains pour briser Youtube et remodeler à leur avantage le système de partage en ligne des vidéos? Ou évolution logique (quoi qu'un peu tardive) de ces mêmes networks à l'ère numérique?
Hulu, la nouvelle plateforme de contenus vidéos des principales chaines/studios de télévision américains (Fox, NBC, Disney,...) intrigue et dérange.


Le concept de Hulu n'est pourtant pas novateur: une plateforme commune sur le modèle d'un Youtube ou d'un dailyMotion permettant d'accéder gratuitement (pour l'heure?) aux différentes émissions et séries quelques heures après leur diffusion (je crois que M6 fait également ça en France).
Ce qui est révolutionnaire, c'est que pour la première fois, ce sont les networks eux-mêmes et unis pour la cause qui prennent l'initiative de diffuser leurs programmes librement sur Internet, perdant ainsi le contrôle sur leur diffusion et risquant de les voir se démonétiser.

Y a-t-il pour autant péril en la demeure? Pas évident. Les networks ont tout simplement intégré les mutations de la société et plutôt que de se lancer dans des missions vengeresses inutiles et dommageables pour leur image (de type Hadopi en france), ils prennent le parti de garder un tant soit peu la main sur des contenus très chers à produire et dont il est vain d'espérer empêcher la reproduction numérique.

Hulu: An evil plot to destroy the world
Quel intérêt ont les grandes chaînes américaines à lancer Hulu? Précisons tout d'abord, que la primeur de la diffusion des programmes demeure la propriété des chaines.
Les programmes diffusés sur Hulu sont par ailleurs entrecoupés de pages publicitaires, qui ne sont certainement pas rentables pour l'heure, mais qui ont à mon sens un double mérite: les contenus ne sont ainsi pas "lâchés" en pure perte et le consommateur de bien numérique dématérialisé prend conscience de la valeur marchande du contenu qu'il visionne (on peut toujours rêver).

Le pari est assez intéressant dans la mesure où Hulu donne un sacré coup de vieux à Youtube et consort. La résolution des vidéos Hulu est sans commune mesure avec ce qu'on retrouve sur les autres plateformes d'échange de vidéos (à mon avis sans égal pour du streaming) et offre en outre la garantie de trouver les contenus originaux, diffusés avec une qualité équivalente.
Hulu va-t-il pour autant parvenir à ringardiser Youtube au point d'en faire un simple "freak show" amateur, diffusant des curiosités amusantes pour se distraire au bureau. Force est de constater que si le look du hamster et le geyser de coca light étaient des produits marketables, ça se saurait depuis longtemps.

Hulu ne cache d'ailleurs pas vraiment ses intentions d'hégémonie. La campagne publicitaire actuellement diffusée aux Etats-Unis, sobrement intitulée "An evil plot to destroy the world" (Un complot diabolique pour détruire la Terre), met en scène un certain nombre d'acteurs phares des networks, transformés en aliens et qui présentent Hulu comme un moyen de bouffer le cerveau des téléspectateurs en rendant la télé accessible partout.



Toujours est-il que si Hulu se révèle un outil assez agréable à utiliser, il a aussi ses limites, notamment liés à sa dimension commerciale. Pour les séries en cours de diffusion, seuls les derniers épisodes sont disponibles. Il est impossible de rechercher par exemple un épisode des saisons précédentes. Si un certain nombre de films sont également disponibles, il s'agit surtout de vieux films de série B.


Doit-on s'offusquer de cette nouvelle récupération du web participatif par les grands groupes? Je pense au contraire que c'est tout à l'honneur d'Internet d'inspirer l'économie et de rentrer dans un rapport de force où le consommateur acquiert des droits, un pouvoir, par le truchement d'Internet. Hulu aurait-il vu le jour il y a une dizaine d'années?
De nouveaux horizons apparaitrons et ne cessent d'apparaitre pour faire la nique au système marchand; Mais comme les networks viennent de le prouver, il faut continuer à avancer et ne pas se complaire dans une nostalgie du web des temps premiers. Du mouvement, toujours du mouvement...

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